Et tourne tourne la toupie de Mendras

Autrefois je pensais que la moyennisation de la société était un mensonge, une de ces baudruches dont les Françai· se· s sont friands. J'étais dans l'erreur. Cette moyennisation existe mais point dans l'économie réelle, dans le jeu des places ni dans le contenu des portefeuilles. Elle est purement morale. Ce sont les mœurs et le cœur des Françai· se· s qui sont devenus moyens. C'est-à-dire médiocres.

L'ensemble des questions qui ébranlent les sensibilités politiques de tous bords sont en effet et en dernière analyse des questions de sous. Qu'on parle de migrants ou du chômage, qu'on parle de justice sociale ou de santé, c'est toujours de sous que l'on parle. Il n'est que d'allumer ce tombereau de merdre qu'est la radio, et ce jusque sur ses canaux encore respectables à certains égards, pour se voir martelé des notions de budget, d'économies, de dépenses et de gâchis, d'expressions comme se serrer la ceinture et autres évocations tremblantes du coût de la vie.

Rien n'échappe au crible d'un bon sens petit-bourgeois qui est devenu un filtre de la perception, le véritable appareil transcendantal de notre bonne démocratie. Le système de valeurs qui « met tout le monde d'accord », Gilles & John autant que Doudou & Manu. Car en dépit de tout ce qui les sépare, ils ont le cœur au même niveau : celui du porte-monnaie. Il nous vient à regretter le temps où il se trouvait en-dessous de la ceinture !

A cet égard, que l'on soit riche ou pauvre, il convient de hisser la vie à un niveau aristocratique et dépenser sans compter, avant tout et surtout ce que l'on a pas. Par conséquent s'endetter, devenir insolvable et percevoir des allocations sans même remplir les conditions devient un acte de contestation dont il convient de s'enorgueillir, en grand allocataire terrien, en gentill · homme·efemme du temps jadis ou pauvre d'avant le règne des bourgeois. De même l'on peut sans se cacher derrière le visage du nécessiteux aux joues sales ni sous la figure du kleptomane s'adonner au vol des denrées les plus luxueuses du supermarché pour celles et ceux qui en ont l'audace.

Enfin, à cette disposition fondamentale à dépenser, que les puristes de la critique trouveront sans doute acritique, ajoutons la culture d'autres traits de subjectivité gentillefemmesque non moins acritiques tels que les arts de combats, les voyages en Torpedo, la peinture de paysage marins ou l'écriture de poèmes versifiés sur des sujets inactuels.

Vive la dépense sous toutes ses formes ! Jetons gourmes et ceintures ! Que le Petit-Bourgeois éternel continue de nous faire les gros yeux et de nous vouer sous cape à tous les diables ! Partout rions-lui au nez ! De poser les deux mains sur son trou de fesse n'empêchera pas celui-ci d'être aussi couru qu'une gare de triage !

Commentaires

1. Le mercredi 27 février 2019, 09:13 par Toupiste

Bravo pour la sincérité et la pertinence de votre propos, qui colore la nuit blanche de GAV-domestique d'une petite lueur de fraternité. Le sus-nommé Mendras, "fils du château", qui a "passé son enfance dans le premier département moutonnier de France et a eu accès à une certaine intimité avec le monde de l'élevage", a bien joué à la toupie. Je suis en tous points votre analyse de Grand Allocataire Terrien, j'en suis, et ajouterais au décor la médaille du démérite que devrait porter à leur plastron les improductifs volontaires, ceux là qui écrivent des poèmes et font des promenades, car ce triste monde des sous est aussi simplement celui de la quantité, des bilans quantitatifs, et du développement personnel quantifié et du nombre de giclées de foutre balancées par hebdomadaire/personne. C'est cela l'ennemi, la quantification et les logiques comptables appliquées à tout, y compris à l'espace le plus intime. A partir de là, programme politique, pas si acritique que ça. On finira bien par en finir, patience, ça sent le sapin pour les 30 merdeuses, et renouer de gré ou de force, et plutôt de force, avec la nécessité, la confusion et la poésie, les châteaux insolvables et les ivresses sans alcool. Je vais de ce pas continuer la journée en travaillant à une nouvelle incompréhensible et sans chute, relatant la traversée de la campagne par deux rôdeurs, puis envisager de ranger le tas de bois en prenant le plus de temps possible et en regardant les oiseaux fumer entre chaque buche, ce qui m’amènera tranquillement à la suite de la journée. Vive la dépense. Bisous. Sigibert.

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