lundi 19 octobre 2020

dans la valise de Pégé

Un autre obscur passeur du grand homme, nègre ou membre de la commune d'écriture Pierre Guillaume selon la motion choisie, me signale et me rappelle l'un des nombreux projets qu'icelui nous avait naguère pneumatiquement adressé, projet qui, et n'est-ce pas là le propre de l'universel Génie, entre en écho avec la toujours navrante actualité.

une pièce-maîtresse des œuvres dramatiques/radiophoniques de Pierre Guillaume. Une opérette cauchemardesque, écrite pour la radio, sur les affres de la colonisation et de la décolonisation. Dialogue de quatre décapités. Les têtes du marabout et du cheik de la tribu d'El ouffia, et celles d'un randonneur champenois et de son guide, un écrivain-voyageur franco-algérien, lointain descendant du docteur Bonnafont. Elles évoquent leur absurde martyr, leurs rêves découpés dans l'outre-monde et ceux de leurs tortionnaires, essaient sans succès de débattre comme s'ils participaient à une Grande Table par-delà la mort et les siècles. Cruauté et bêtise font cailler les rêves de la civilisation. Le lait a tourné, il est grand temps que la page humaine le soit aussi. Une opérette sur la vanité et la souhaitable fin des affaires hômaines, sur l'absence de Grand Opérateur, sur la vanité et la grandeur de la radio comme meilleure manière de figurer l'outre-monde. Plus modestement, cette opérette pourrait figurer les débats, chez le duc de Rovigo, entre le dr Bonnafont et le sous-intendant de Fallois, puis l'expérience sur les têtes du marabout et du cheik, et c'est à partir de l'expérience que l'opérette basculerait dans le fantastique et le cauchemar, les têtes initiant avec la science bourgeoise et les colons un débat autrement féroce, depuis l'outre-monde auquel un instrument inconnu d'eux, la radio, donnerait seul l'accès après cessation complète des affaires hômaines. On aurait donc, au début, une opérette très XIXème, bourgeoise, en costumes d'époque, instruite sur le plan historique. Cette opérette basculerait ensuite vers une pièce radiophonique émise depuis la fin du monde, où les voix des décapités s’entremêlent dans une féroce confusion et se consument dans le silence et les larmes d'un dieu absent.

dimanche 4 octobre 2020

Ramassé dans les fonds de l’internet

Jacques Xiu nous joue Ne Vous Prenez Pas Dans Les Rêves De Laura Palmer's Theme.

samedi 26 septembre 2020

La petite haie

1995, après la débâcle électorale aux européennes de 1994, Benoît Frappé décide d'émigrer aux États-Unis. Fort de son slogan "seule une nouvelle graine peut donner une nouvelle récolte", il décide d'implanter le parti à l'arc-en-ciel dans le Nouveau Monde. Ses pérégrinations l'emmènent à Augusta Georgia, ville moyenne et industrielle mais néanmoins florissante. Là, Frappé frappé par la rudesse et l'abandon qu'il y rencontre, décide de rester. Il quitte la ville et le territoire américain au début des années 2000, après avoir finalement appris que, des graines, en fait il y en avait avant lui, et que la récolte n'avait finalement jamais eu lieu.

La ville conserve quelques marques de son passage, ainsi "la petite haie" que l'on trouve dans le quartier Laney Walker. C'est ici que Frappé et ses partisans s'entraînaient au vol yogique, les mercredis et vendredis de 17 à 18h. On est bien loin de la douceur des matelas que l'on retrouve dans les salles d'entraînement européennes. La rudesse de l'exil et de l'urbanité augustienne, dans ce quartier où se succèdent les maison shotguns abandonnées ou décrépies ont durablement affecté Benoît Frappé et teinté sa pratique du vol yogique. Ainsi, à Augusta Georgia, il se pratique sans élan, mais toujours avec allant. La réussite doit être immédiate au risque de tomber brutalement, les dents sur le béton. Elle est néanmoins sanctionnée par un coccyx douloureux. No pain no gain. Une fois le vol de haut en bas maîtrisé, les élèves passaient au vol de bas en haut, une épreuve bien plus technique que peu d'entre-eux maîtrisaient.

mardi 25 août 2020

Quelle presse pour mon adulte?

Après l’enquête détaillée « Quelle presse pour mon enfant ?», micr0lab se penche avec gourmandise et provocation sur la question « Quelle presse pour mon adulte ? »

Deux extraits pour tout de suite aider à mieux y voir clair:

Le monde, a un moment récent de sa vie:

Pandacraft, a un moment récent de sa vie:

Maintenant, question: qui, du guide accompagnant les « kits éducatifs et créatifs » ou de « celui qui prétend devenir la référence, alliage de compétence et d’indépendance éditoriale depuis plusieurs décennies », a-t-il le mieux compris le concept de « réfugié » ? Répondre à la question, c’est déjà un peu brûler un torchon.

jeudi 6 août 2020

À l'Ouest rien de nouveau?

On s'amuse souvent avec une légère condescendance du manque d'originalité dans la toponymie américaine. N'est-ce pas une preuve de paresse intellectuelle que d'appeler Paris un bled de 25000 habitants au Texas ? Est-ce une tentative balourde de bénéficier des lumières de la ville lumière? Condescendance ... méfiance ...

Et si on arrêtait là le mépris pour admirer l'esprit d'entreprendre américain?

Tout de même!

Une Tour Eiffel à taille humaine, réhaussée d'un chapeau de cow-boy rouge vermillon, dans un parc aussi vilain et plat que le Champ de Mars. Au final, le double texan illustre plutôt bien la vanité et l'absurdité de la Dame de Fer.

À 1440 km de cette tour à chapeau, se trouve l'une des 20 Augusta américaines. Augusta Georgia. On y trouve des rues chiffrées qui, sans surprise, se suivent: la troisième rue succède à la seconde, qui succède à la première. Quel ennui ... Il y a le quartier des fruits et des fleurs (apricot lane, azalea drive, magnolia drive), le quartier médical et, ce que nous nous plairons désormais à appeler le quartier champennois. Caché à l'abri des regards, les deux rues qui le composent n'apparaissent qu'après avoir zoomé plusieurs fois dans Google carte.

Sans que l'on ne sache trop pourquoi le quartier champennois d'Augusta n'a pas été filmé par la caméra Google. Il ne se dévoile qu'à ceux qui le cherchent ardemment.

Champagne Augusta est-elle aussi grise que Champagne Champagne? Y-trouve-t-on un ange au sourire club de golf-ailé- à la main? Stay tuned

Une apparition

lundi 27 juillet 2020

L'exact opposé

Pourquoi donc s'intéresser à cette chanson de l'ère hippie ?

Melanie : Lay Down

(Hippie étant un terme extérieur aux mouvements de jeunesse de la fin des années 60 que pourtant certains jeunes partie prenante de ces mouvements se sont appliqués à eux-mêmes)

Et pourquoi aujourd'hui ?
Regardons le premier couplet :
We were so close, there was no room
We bled inside each others wounds
We all had caught the same disease
And we all sang the songs of peace

Cet hymne/hommage composé par la chanteuse Melanie (qui se qualifiait de hippie) au public du festival de Woodstock se voulait le portrait d'une génération voire la vision idéale de l'humanité (un truc hippie, justement), à savoir une masse dépourvue des chambres tant arpentées lors des phases de confinement où tout le monde est si serré au mépris bien hippie des distances de sécurité que chacun saigne dans les plaies de l'autre au grand dam des autorités sanitaires pour chanter sans masque bien évidemment les chansons de la paix du plus bel hippie dans la joie d'avoir la même maladie en commun.
S'il y a bien une hypothèse d'humanité absolument impossible actuellement, c'est celle-ci.

Melanie la hippie nous offre le moyen de décrire notre époque présente d'une formule, c'est l'exact opposé de Woodstock.

vendredi 17 juillet 2020

Police Bingo. Années 2018-2020 - Augusta, Georgia, comté des ducs de Richmond

  • Juillet 2018 : L'agent de police Eugene Donner plante sa voiture contre un panneau de limitation de vitesse. Sans se démonter pour autant il poursuit sa route hors de la route et finit par heurter un ponceau. Une troisième offense liée à l'alcool au volant pour Eugene qui est donc renvoyé pour la troisième fois du bureau du shérif.
  • Octobre 2018 : L'agent de police James Bryan Ouzts est renvoyé pour avoir travaillé dans une boîte de nuit en tant qu'agent de sécurité alors qu'il était en service.
  • Octobre 2018 : L'agent de police Richard Elim est renvoyé pour vol.
  • Novembre 2018 : Ivre au volant de sa propre voiture, l'agent de police Adam Wade zigzague sur un parking du centre ville, heurte deux voitures garées, prend la fuite et se fait arrêter plus loin.
  • Novembre 2018 : L'agent de police Aaron Hannsz est arrêté ivre au volant de sa voiture de police banalisée.
  • Novembre 2018 : L'agent de police Charles Gunn est arrêté pour violence domestique.
  • Avril 2019 : L'enquêteur Ryan Jones se fait arrêter ivre au volant d'une voiture banalisée qu'il n'avait en plus pas le droit de conduire vu qu'il était hors service.
  • Avril 2019 : L'agent de police James McCall est arrêté pour des faits de coups et blessures et cruauté au troisième degré envers des enfants. Ivre après une chevauchée sauvage dans quelques bars de Martinez, il est rentré chez lui et a frappé sa femme devant l'un de ses enfants.
  • Mai 2019 : L'avocate Tameka Haynes tiens à préciser au journal Metro Spirit que le shérif Roundtree n'a aucun problème avec l'alcool (ce sont ses agents qui l'ont).
  • Mai 2019 : L'agent Travis Clark qui était en probation suite à un incident où l'alcool était impliqué se fait renvoyer après avoir tiré des coups de feu alors qu'il tentait de séparer des personnes alcoolisées en train de se battre. Il était lui-même saoûl.
  • Janvier 2020: L'agent de police Kendrick Quick est arrêté car suspecté d'avoir violé une femme saoule qu'il venait d'arrêter.
  • Février 2020 : L'agent de police Vernon Johnson a un accident à bord de sa voiture de patrouille. Il est ivre.
  • Février 2020 : L'agent de police Brandon Keathley donne un coup de torche sur la tête de l'agent de police Nicholas Nunes. Nunes voulait aider à réanimer un adolescent blessé par balles, Keathley ne voulait pas, Nunes a poussé Keathley et Keathley a frappé. Les deux agents ont depuis démissionné.
  • Février 2020 : L'agent de police Andra Garder rentre chez lui pour débusquer un cambrioleur suite au coup de fil de l'un de ses voisins. Il tire sur le suspect avec son arme de service. Le suspect n'était pas armé et l'agent de police était saoûl.
  • Juillet 2020 : L'agent de police Lamar Andrews est arrêté après s'être masturbé dans le sauna du club de Gym Doré situé sur l'autoroute Bobby Jones.
  • Juillet 2020 : L'agent de police Marlon Campbell est renvoyé après avoir fait fuité des documents à la presse.

Sources: http://metrospirit.com/117727-2/, http://metrospirit.com/sheriff-roun..., http://metrospirit.com/rcso-deputy-arrested/

jeudi 2 juillet 2020

La nuit est l’inverse du jour de 10 à 30%

Communauté d’internet d’autrefois, Communauté d’internet de demain

Pour cette édition de Communauté d’internet d’autrefois, Communauté d’internet de demain d’aujourd’hui, nous nous intéresserons à un phénomène connu sous le nom de 『𝔻𝕒𝕪𝕔𝕠𝕣𝕖 / ℕ𝕚𝕘𝕙𝕥𝕔𝕠𝕣𝕖』, ou encore de 『𝔸𝕟𝕥𝕚-𝔻𝕒𝕪𝕔𝕠𝕣𝕖/𝔸𝕟𝕥𝕚-ℕ𝕚𝕘𝕙𝕥𝕔𝕠𝕣𝕖』.

Ce soir, nous nous pencherons sur ce phénomène hors du commun, sa communauté, et nous nous demanderons

  1. Comment sont apparus ces véritables lames de fond de l’internet,
  2. Quelles ont été ses contributions à l’art, et à la pensée en général,
  3. Quels sont les défis qui se présentent à elles,
  4. Quels futurs se sont-elles tracées.

Billet réalisé en collaboration avec Blanford, qui nous a éclairé de sa grande connaissance.


Les origines

Pour tout de suite se mettre dans le bains night core, commençons par nous remémorer ce véritable hymne:

Peu après sa diffusion, une large communauté d’usagers de plate-formes privatives de partage de contenu pré-formaté se sont rués sur le phénomène, créant un véritable phénomène. Autour de chaînes aussi controversées que populaires que celle de Soul Power Nightcore s’est rapidement crée une communauté de bidouilleurs ingénieux et facétieux, curieux et passionnés.

Évidemment, toute communauté a son revers, et les retardataires, les aigris, ceux qui ont ratés la première lame de fond, mais aussi ceux qui pensent plus vite, se sont vite manifestés, mais avec une créativité encore plus grande diront certains, créant le anti-night core, aussi appelé day core. Un petit extrait tout de suite après cette petite interruption qui n’en paraîtra même pas une, restez branchés.



Peu après l’apparition du night core, une communauté s’est vite crée autour du mot d’ordre day core, avec des acteurs aussi emblématiques que L O S T C H I L D. On découvre tout de suite un petit extrait:

Les deux communautés étaient-elles miroirs l’un de l’autre, complémentaires, ou bien ont-elles été à l’affrontement? Vous le serez en lisant la suite. Ce qui est sûr, c’est que certains membres de la communauté ont été si surpris qu’ils en sont parvenus à saisir l’essence de la ligne de fracture en aphorismes saisissants :


Les contributions, et le temps de l’apport

Les affrontements entre communautés night core et day core seront la plupart du temps bon enfant, mais permettront à des virages artistiques ambitieux de s’opérer, avec des impacts sur les courants les plus insoupçonnés.

Ainsi, le night core n’hésite pas à s’aventurer en terrains inconnus et sombres en réponse à la véritable provocation day core :

De son côté, la communauté day core continue d’observer et de s’inspirer, mais − à de rares exceptions prềtes − ne répondra pas aux provocations night core, préférant explorer de nouveaux horizons:

La véritable lame de fond night / day core dépasse vite son cadre initial, pour influencer tous les arts. Lors du mouvement #I'mInNightAndDay de nombreux auteurs day core révèlent leur pseudonyme night core, ou réciproquement, mais aussi qu’ils sont parfois des écrivains, acteurs, réalisateurs ou publicitaires à succès. La vague se fait publique, et son importance commence à être reconnue au-delà des cercles d’aficionados, pour conquérir la critique. La NRF se dit intéressée.

Mais l’euphorisme, légitime, est de courte durée, car les menaces pèsent déjà sur le mouvement en pleine apogée…


Avant cela, savourons notre bonheur avec une petite coupure pub qui aurait bénéficié de concours de l’auteur night-core ღ Kurisu-San ღ.


Le temps du défi, la remise en question

Comme tous les colosses aux argiles d’argent, le mouvement day and night core ne voit pas venir la menace, pourtant benoîtement expliquée dès le 28 juillet 2011 par un NetmentorTV hilare. Cette menace est pourtant à portée de tout « clic » :

La menace, floue, se fait plus précise selon deux axes:

- En démocratisant trop le cœur de l’action, l’âme même du mouvement, ce simple réglage permettait − ou plutôt donnait l’illusion − à tout un chacun de se faire son propre auteur, mais sans le doigté, la passion… l’âme. 

- Encore pire, tout un chacun pouvait facilement défaire l’œuvre même qui était proposée.

Night and day core se trouvaient unis face à la même menace de la normalité, et se sont trouvés désemparés l’espace d’un temps. Et puis, comme une évidence, comme toujours, la solution s’est trouvée, la façon de reconnaître les vrais s’est fait manifeste, évidente, incontournable. Encore une fois, l’aphorisme est sa meilleure capture, et largement accepté :

Mais c’est bien sûr : l’image!


Les futurs

Comme libérée de sa question toujours un peu trop convenue et poussiéreuse − « quel pourcentage, exactement ? » − les deux mouvements cores pouvaient se concentrer sur l’harmonie avec l’image d’illustration qui paraissait toujours un peu un décalage, et qui pourtant représentait le cœur du mouvement. Délivré des attentes et à la fois désireuse de ré-conquérir son public, les deux mouvements pouvaient alors se permettre tous les excès.

Allez, on se quitte en musique…

mardi 30 juin 2020

Une rencontre.

Dans un immense centre de documentation, je prenais des notes sur un vieux naufrage lorsque mon attention fut irrésistiblement détournée par une conversation entre deux étudiants d'un niveau avancé, où fut prononcé le nom de Pierre Guillaume. Je me levai et m'approchai d'eux. Un garçon à lunettes, entre soldat et pécheur, répondit à ma question -Pierre Guillaume ?- par un non moins succinct quoiqu'affirmatif Pierre Guillaume. Je me présentai : à l'heure qu'il était et pour ce que j'en savais, j'étais l'un des deux nègres actifs au service de l'homme de lettres.

L'étudiant n'essaya point de cacher sa surprise. Pierre Guillaume était, confia-t-il, l'écrivain vivant qu'il admirait le plus. Il ignorait pourtant que ce grand homme eût besoin de nègres pour l'accomplissement de son œuvre. L'étendue et la profondeur de cette œuvre semblait toutefois si vastes, ajouta-t-il, que l'étonnement premier suscité par la rencontre de l'un de ses nègres se dissipait vite, pour se voir remplacé par un sentiment d'évidence, puis un désir, puis une aspiration, enfin un appel. Oui, continuait-il d'une voix qui dissimulait mal l'intensité des sentiments qui le traversaient, il avait l'infinie prétention, quoique cette prétention apparente fût doublée d'une réelle humilité, de proposer ses services au grand homme, par l'entremise du nègre que j'étais. Le seul caillou dans la chaussure résidait cependant dans ce terme de nègre. Ses convictions ne lui permettaient pas d'enfiler un costume aussi mal dégagé de connotations pour le moins coloniales, voire impérialistes, pour ne pas dire racistes.

Je précisai alors que le mot n'était pas de Pierre Guillaume, mais des deux nègres actifs depuis que le grand homme eût manifesté le besoin de recourir à de tels adjuvants pour l'édification de son œuvre. Je lui racontai comment, au cours d'un séjour au domicile de mon collègue, en Mayenne, nous avions reçu le premier pneumatique portant sa signature. Il s'agissait d'apporter, si nous le voulions bien, notre concours à la participation du grand écrivain à l'annuelle épreuve bourbonnoise de nouvelles, à quoi son emploi du temps extrêmement chargé ne pouvait lui permettre de consacrer le temps nécessaire, bien qu'il se fût engagé devant témoins à l'honorer.

Ni mon collègue ni moi-même ne connaissions alors le grand homme ou n'avions même entendu parler de lui avant de recevoir le pneumatique. Mais comme pneumatiquement éclairés par son génie, nous devinâmes quel insigne privilège cette invitation représentait lorsque nous prîmes la mesure de l'étendue et de la profondeur de son œuvre. Si l'on peut dire, car l’œuvre possible de Pierre Guillaume, comme mon interlocuteur l'avait lui-même souligné, apparaît à tout admirateur, en même temps que dans son étendue et sa profondeur, et ce à l'instant où il en prend mentalement la mesure, dans son insondabilité même.

Je fis remarquer à l'étudiant que le statut de notre apport faisait d'ailleurs l'objet de débats parmi les nègres, les admirateurs et les spécialistes du grand homme. Certains parlaient d'entreprise, se sentant liés à Pierre Guillaume comme des sous-traitants à leur commanditaire. D'autres préféraient se définir comme des contributeurs, d'autres encore comme des fidèles. Enfin il y avait les enragés, les passionarias qui tenaient à se définir comme la commune d'écriture Pierre Guillaume, où les individualités comptaient pour rien, prêtes qu'elles étaient au sacrifice de leur temps, de leur énergie et, s'il le fallait, de leur liberté. En tant que nègre, ou contributeur si mon interlocuteur préférait, je n'avais pour ma part aucune préférence. Mon usage du terme incommodant ne tenait qu'à l'habitude que j'en avais prise, à l'époque où nous nous engagions dans nos premières contributions à l’œuvre du grand écrivain.

J'acceptai la proposition de mon interlocuteur. Je lui témoignai mon enthousiasme, ainsi que celui que ne manquerait pas de manifester notre collègue à tous deux à l'annonce de son recrutement. Je lui souhaitai la bienvenue dans notre commune d'écriture Pierre Guillaume. Le grand homme, quant à lui, se reposait sur nous les yeux grand fermés. Il n'y avait donc pas lieu de lui signifier l'agrandissement de notre famille, ce qui d'ailleurs eût été parfaitement impossible. La communication avec l'écrivain ne se faisait en effet, et ne se ferait sans doute jamais que dans un seul sens : le sien. Ce qui nous laissait une liberté presqu'infinie, la contrainte qui s'exerçait sur nous n'étant que celle, interne, de son génie.

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