Gourmands Gauchos

Peñalolén ! Aujourdhui, nous tentons l'incroyable mélange entre le Boeuf Bourguignon et le Chili Con Carne. La découverte des mémoires de Jo, la Taupe et Papa nous aurons mis sur la piste de cet incroyable Chili Bourguignon, affectueusement nommé par ses créateurs "Chi-Bour". ¡Accion!

Légumes mélangés, pelés, sautés, beurre, huile, et dans le gras secret des trois viandes (2 porcs et 1 bovin). On dirait, en émincé, céleri branche, champignons, oignons (pensée à Colette), carottes en sifflet, tomate, concentré de tomate, ail en chemise et dénudé, selon les pratiques des convives.

L'on fera comme on voudra, mais 3 viandes semblent un minimum pour le chili bourguignon. Le bovin bon à braiser, on aura pris soin de le dégraisser ou de le faire dégraisser par la bouchère, on le saisit à la poêle avec les deux corps gras, mais on le cuit pas à coeur ; on réserve cette étape pour la vraie cuisson. Le lard, on le coupe en gros, on le balance dans la poële après avoir réservé le bovin. Et on remixe tout ça avec la chair à saucisse, on co-tabasse (voir plus bas), et surtout on fume avec ce qu'on aura trouvé comme fumisterie de cowboy.

Les bouquets, garnis à la Papa (Céleri, persil, thym, laurier, dans leur gangue de poireau.) Deux bouquets? Oui, car, deux versions de cuisson.

Les co-tabasse, de marque Tabasco. Le classique, qui apporte le vinaigré. Le Chipotle, qui apporte le fumé.

Arroser généreusement de Merlot-mon-ptit (a peu près 1/2 litre)

On ne saura jamais vraiment qui de Jo, la Taupe ou Papa aura eu l'idée de ce plat, ni de concevoir Smokey, ni le goût du plat, ni rien. L'histoire ne serait jamais qu'un oignon sans cesse épluché, sans que jamais le chercheur touchât au cœur ni arrêtasse de pleurer. Reste une modeste tentative de journaliste culinaire, de saisir approximativement une viande, une réalité, un goût, une époque, un fantasme. Trouver des compères à travers le temps, partager avec eux le souvenir impossible d'un âge béni, garder en bouche une saveur de tendre vague-à-l'âme. Rôter, se brosser les dents, puis faire la sieste.

Confusion : l'Allemagne, la Bretagne, le Chili, le Bourgogne. Le Mexique.

Les labels arnaques*, n'oublions jamais de ne pas prendre des vessies de porc pour des lanternes de cochon. (* https://joueb.micr0lab.org/?post/2017/05/03/Aujourdhui%2C-le-chef-de-la-GNAP-vous-propose)

Ne pas confondre le Chien et le Chilien.

Evidemment, des haricots rouges dans la badrée, qui sera divisée en deux pour l'expérience. (L'un au four, l'autre au moulin)

C'est bon. C'est fumé et roboratif. Le vin et le fumé s'accordent à merveille. ¡Buen provecho, mien Herr!

Commentaires

1. Le dimanche 3 décembre 2017, 13:56 par Manuel Cardoso

Je n'aurais jamais entendu parler du chili bourguignon si Boxe Magazine ne m'avait pas envoyé il y a trente ans jour pour jour à Santiago du Chili pour écrire un reportage sur le noble art andin. C'est dans le bar du vieux Teatro Caupolican où il venait de perdre contre Martin Vargas que j'ai recueilli de la bouche de Smokey Bourguignon certains détails concernant la bizarre aventure de ces Français perdus dans le vignoble chilien.
Smokey, m'a-t-il confié en entamant son troisième whisky, était né d'une mère indigène enlevée par les services du général Chibrejuego, obscur rival de Pinochet à l'époque, car soupçonnée d'appartenir à un groupe d'étudiants anarchistes de l'université de Santiago. Après avoir été cuisinés dans les sous-sols d'un ancien abattoir des faubourgs, elle et quelques barbus aux cheveux longs ont été jetés dans un fourgon et débarqués après trois jours de voyage aux portes d'une batisse qui tenait plus de la coopérative viticole que du camp de prisonniers.
Le camp s'appelait la Colonia Burgondia. Il était dirigé par un triumvirat inhabituel : Jo, la Taupe et Papa étaient trois français qui, comme l'apprit Smokey beaucoup plus tard de la bouche de sa mère, car les hommes étaient plutôt discrets sur le sujet, avaient été exfiltrés à la Libération grâce à un colonel du Reich en poste à la Gestapo de Dijon et avec qui de toute évidence ils avaient fait quelques affaires sous l'Occupation.
Smokey n'a jamais bien su lequel de ces trois Bourguignons était son géniteur. Il a longtemps cru qu'il s'agissait de Papa, à cause du surnom. La Taupe, c'était douteux au vu de son naturel plutôt renfrogné, quoique sa mère, farouche et caractérielle, aurait très bien pu s'enticher d'un tel boxeur. Mais puisqu'on les nommait toujours dans cet ordre : Jo, la Taupe et Papa, Smokey a cru un jour découvrir la vérité sur sa naissance. Si « Jo l'a topé Papa », c'est donc que Jo avait fait Smokey dans le dos de Papa, avec ou sans la complicité de la Taupe. Sa mère en tout cas n'a jamais cru bon de dissiper les doutes de Smokey.
Les trois anciens maquereaux s'étaient vus donner pour un peso symbolique dix hectares de terrain dans les collines de Pena Lolen, qu'avec l'aide d'un agronome amateur et lettré nommé Gustavo Francis ils avaient planté de vignes. En échange, le gouvernement comptait sur eux pour libérer par le travail certains activistes rétifs. Cependant, ni Jo, ni la Taupe ni Papa n'avaient le goût de la discipline. Ils travaillaient, certes, mais dans le seul et unique but de produire le manger et le boire. Ils aimaient à se définir comme des gauchos gaullistes, émaillant leur bavasseries nocturnes de citations imaginaires du Général bardées de lambeaux de Marx ou Kropotkine dont les œuvres garnissaient les toilettes du kolkhoze viticole.
Tout est fini, maintenant, me dit Smokey à la sortie du Teatro, les yeux plongés dans une aube de poussière et de sang tiède. Ils sont tous morts. Il m'a tendu la main et m'a glissé le tiquet de caisse de notre biture, sur le dos duquel il avait griffonné ce que j'ai d'abord pris pour un poème, mais qui s'est avéré être une recette de cuisine. Parfois, m'a dit Smokey avant de disparaître dans une ruelle glauque, c'est tout ce qu'il reste d'un incendie.

2. Le dimanche 3 décembre 2017, 15:42 par Pier-Henriche

Mise à jour : Smokey a disparu, mais sa recette restera dans les anales.

3. Le dimanche 3 décembre 2017, 15:47 par C. Σ. σίγμα

" Moi, l'oignon, je me le carre dans l'oignon, quand j'ai le pot-au-feu au cul."
C. Σ. Sigma

4. Le dimanche 3 décembre 2017, 15:49 par La bouchère de Super U

"Derrière toute cette viande, il y a des être humains."
La bouchère de Super U

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