Mot-clé - Tour de France 1904

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 7 juillet 2017

Sortie dominicale

plus_porcs_que_le_porc.jpg

Je me suis réveillé sur le dernier bruit d'un cauchemar assez pénible mais aussi très grotesque : nous déjeunions en famille (avec évidemment des membres morts ou que je ne connaissais pas, habillés en prolos des années 70, exception faite de mon frère) au bord d'un précipice dans les Pyrénées. Il s'agissait d'assister de très loin à une arrivée d'étape du Tour de France qui se déroulait sur un sommet opposé.

Le temps, les tempêtes, la fonte des glaciers avaient fait de ce bord de précipice une parfaite table de picnic. Les personnes mangeaient face à face, les uns côté chemin, rassurant, les autres sur des sièges à dossier naturel et sécure, mais suspendus dans le vide.

Je suis assis du côté plein. Mon frère, qui a l'âge mûr d'aujourd'hui, est assis quant à lui côté vide. Il a fini ses chips et manifeste son désir de reprendre pied sur le chemin. Je suis tout indiqué pour l'aider, malgré l'étrange fatigue que je ressens. A côté du groupe familial, il y a une touriste solitaire qui elle aussi avait fait halte pour casser la croûte, mais que je ne remarque qu'au moment où je donne la main à mon frère. Elle se trouve en effet côté ravin et essaie, seule, de remonter de l'autre côté. J'ai d'abord entendu son souffle, le souffle massif de quelqu'un de corpulent qui produit un effort. Un effort surhumain. Effectivement, la femme, vêtue d'un jogging gris, présente des dimensions fabuleuses : je dirais deux cents cinquante kilos d'une chair formidablement flasque.

J'aide mon frère à repasser de l'autre côté donc, en me disant "on va quand même l'aider". Tracter mon frère me coûte déjà beaucoup d'énergie, je me sens malade et épuisé mais la peur que j'ai de ce vide et la peur d'y lâcher mon frère me font oublier ma faiblesse. Une fois la chose faite, je me dis que ça va être difficile de l'aider, cette grosse femme, voire pourquoi pas DANGEREUX ; mon frère semble se dire la même chose et sans piper mot nous la regardons tenter en soufflant de basculer son corps par-dessus le parapet -du bon côté, naturellement. Le reste de la famille, quant à lui, fait tout simplement mine de ne rien voir. Son silence bruit de "c'est dimanche on ne va quand même pas s'emmerder" et de "qu'est-ce qui lui a pris de se mettre dans cette position à cette conne ?", ou bien ils ne la voient ni ne l'entendent tout simplement pas, bien qu'ils soient assez proches d'elle pour sentir l'odeur même de son souffle.

Et dans ce silence plein d'indifférence légère, de bruits de chips qu'on mâche mêlés à des pépiement d'oiseaux, mêlés surtout au frottement du jogging gris, de mains qui essaient d’agripper la pierre et d'un souffle toujours plus massif et de plus en plus rapide, la grosse femme fait tout ce qu'elle peut pour enjamber le parapet de pierre, en soufflant fort, dans son jogging gris.

Et dans ce silence dominical donc, bonhomme, nimbé d'un bonheur simple et familial la femme, après un ultime effort, glisse sur la pierre et, avec une rapidité, une fluidité et une douceur incroyables, disparaît de ma vue.

Les yeux fermés je compte quatre secondes supplémentaires de ce silence qui est comme un bloc de convivialité et de terreur insoutenables quand un bruit mat l'interrompt, comme d'une escalope qu'on attendrit.

Je me dis, les yeux toujours fermés, que ce genre d'aventure est décidément tout ce qu'on mérite.

lundi 1 juin 2015

Souvenirs d'un avenir radieux

Chers amis cyclistes de la micr0labe,

après l'épisode de la destruction du Belfo,

après le drame du vol du rouge et blanc et noir,

mais aussi après de nombreuses aventures pleines de fantaisies et de rêves oniriques,

j'ai l'honneur de vous présenter le nouveau bicloune officielle du peloton micr0labe.

velo.jpg

Reprenant quelques une des caractéristiques techniques du rouge et blanc et noir qu'il remplace (souvenez vous, notamment les belles étapes 101 et 125 -rubrique "Glandathlétisme"- Hommage...) DSC_0806.jpg
à Rennes, en solitaire


ici en vacances à la mer avec le Shimasport de TcroixT, ah, que de souvenirs...

velo2.jpg ... ce nouveau vélo de la team micr0labe est fin, élegant, élancé, rapide comme la bière qui s'étale sur une nappe cirée et véloce comme un chamois qui fuit la dameuse en plein hiver. Il est de couleur "noir-scotch", avec des touches de "jaunasse-frime" et de "gris champion". Ses braquets variés sont parés pour tous les dénivelés et toutes les gueules de bois. Il freine bien et fait pas trop mal au cul pour un vélo de course. Mais gare aux voleurs ! Le propriétaire annonce qu'il sera sans pitié, et que le vélo est piégé.

En route pour de nouvelles aventures !

Remerciements :

Ce vélo a reçu le soutien de la fondation "un beau vélo pour un cy-clodo"; merci à Thomas Blond du ROCK pour la base historique du bicloune, à Ali de "Ali Ba-Byke" et Monsieur Meunier des Cycles Meunier pour les prêts et les conseils, au Monsieur des fournitures de chez Hubert (Reims) pour les serflex cadeaux.

Partenaires institutionnels de la micr0labe :

Ce vélo a été monté entre avril et mai 2015, entre l'atelier vélo de l'Ecluse (Reims -lien-), l'atelier vélo de l'Elaboratoire (Rennes -lien-) et La tête dans le guidon (Angers -lien-). Tous ces ateliers sont autogérés et sympathiques.
Demandez de notre part Monsieur Meunier à l'Ecluse, Raul à l'Elabo et Xavier à la tête dans le guidon, ils sauront vous aiguiller dans la jungle des pignons. Supportons nos bouclards locaux ! Vive la roue libre !

Retrouvez bientôt le noir-jaune-gris en action : de nouvelles cyclo-romances en préparation.

Bonnes balades à tous !

vendredi 17 août 2012

Héros & moments du Glandathlon Français

Hippolyte_aucouturier.jpg

Pour inaugurer les chroniques du Glandathlon, une belle image du champion Hippolyte Aucouturier, dit "le Terrible", et un bref rappel, par la même occasion, des exploits du Tour de France 1904, qui faillit par là même être le deuxième et dernier tour de l'histoire.

De nombreux incidents rythment ce tour :

-Dès la première étape, Maurice Garin et Lucien Pothier sont agressés par quatre mystérieux hommes masqués.

-Durant la seconde étape alors que Antoine Fauré attaque, près de 200 de ses supporters tentent de stopper le peloton mais la foule est dissipé par les balles des officiels tirés dans le ciel ; des coureurs sont blessés.

-Les supporters nîmois de Ferdinand Payan, fâchés par la disqualification de leur champion -qui avait effectué une partie du trajet en mobylette- agressent les coureurs et filtrent le peloton au Col de la République. Émotions.

- Lors de la 5ème étape, des clous jetés sur la route crèvent les pneus des coureurs, à part un seul, forcément étrangement favorisé. Comme aucune assistance n'est permise, Henri Cornet termine les 40 derniers kilomètres de l'étape avec les deux pneus crevés.

Mis à part les incidents dans le public et le chaos général, le tour 1904 restera dans les mémoires comme le tour de la joyeuse tricherie ; pas aux produits, non -il est d'ailleurs tout à fait normal en cet âge d'or du Glandathlon de tapper dans la gourde-, mais en privilégiant des moyens de transport alternatif, comme tout glandathlète intelligent qui sait ménager ses efforts : dès la première étape, un coureur effectue une partie de l'épreuve en voiture ; plus tard, d'autres concurrents profitent de l'obscurité pour faire du stop (les étapes, effectués à 25km/h de moyenne, se courent de jour comme de nuit), d'autres prennent le train pour économiser leurs forces. Au terme de l'épreuve, l'Union Vélocipédique de France, manquant quelque peu de mansuétude et d'esprit glandathlète, disqualifie 8 coureurs dont les 4 premiers, parmi lesquels figurent notre héros Hippolyte Aucouturier, échappant de peu à la suspension. Lucien Pothier, dit "le boucher de Sens", ou Maurice Garin, dit "le petit ramoneur" n'auront pas cette chance et seront interdits de cyclisme professionnel pendant 2 et 3 ans. Henri Cornet, 19 ans, est alors déclaré vainqueur, et reste le plus jeune cycliste ayant gagné le Tour.

L'organisateur du Tour ne décidera d'organiser la 3ème édition qu'au terme d'une longue tergiversation, et d'une modification des règles qui compliquera la triche (en tous cas cette triche là) ; il avait pourtant de la gueule, le Tour 1904.

Sources : wikipédia, Mémoire du cyclisme.net, site du cyclisme.net, cyclismehebdo.